Le scénario de Skip Woods entraîne Agent 47 au travers de plusieurs pays d'Europe de l'Est. Nous le suivons en Russie, en Yougoslavie, en Turquie et dans quelques républiques balkaniques dont le nom n'est pas précisé. L'agent d'Interpol, Michael Whittier (interprété par Dougray Scott) habite et travaille à Londres. C'est au Niger, à Niamey, qu'il retrouvera la trace de son ennemi intime. Nous avons dû organiser un véritable tour du monde pour boucler les repérages. Parce qu'on aurait exagérément étiré le temps de tournage, nous avons confié certaines prises de vue en extérieur à une deuxième équipe, dirigée par Olivier Mégaton. Sous les indications de Xavier, il a tourné quelques séquences et beaucoup d'establishing shot. Pendant que nous tournions toutes les scènes avec les comédiens principaux à Sofia, la deuxième équipe sillonnait le globe de Capetown à St-Pétersbourg. Ces prises de vue permettent de crédibiliser les déplacements des personnages. On commence une action en studio, donc tournée à Sofia, et on retrouve, grâce à l'utilisation de doublures, nos personnages dans les rues d'Istanbul ou sur les toits d'un township à Niamey. (Ceci dit, nos comédiens se sont quand même déplacés à Istanbul).
Mais tout cela ne va pas sans poser quelques problèmes techniques. Le premier à résoudre est ce qu'on appelle : les raccords lumière. Imaginons une séquence qui se déroule dans un intérieur de maison. Ce décor est construit en studio. Si par les fenêtres, je décide de faire entrer un soleil tonitruant et que l'action se continue dans la rue, nous devrons retrouver dehors ce même soleil. Lorsque les extérieurs sont tournés en premier, il me suffit de suivre les diktats de la météo. Cela devient plus difficile, lorsque les rigueurs du plan de travail nous imposent de commencer par les prises de vue en intérieur. Je dois spéculer sur la météo future (ce qui est toujours extrêmement risqué) et, surtout, ne pas mettre la production dans une impasse en me trompant, ce qui provoquerait retard et coût supplémentaire. Je me suis retrouvé quelques fois dans la situation de faire deux versions afin de couvrir les incertitudes météorologiques.
Une fois ce problème purement technique réglé, nous devons donner un style à ces différentes villes. Hormis quelques plans, toutes les prises de vue principales sont tournées en Bulgarie. Prenons l'exemple de Londres. Le film s'ouvre sur l'arrivée de nuit sous la pluie, de Mike Whittier, chez lui, un pavillon de la banlieue Londonienne. Un grand mouvement de grue descendant accompagne l'agent d'Interpol jusqu'à la porte de sa maison. Nous avons choisi à quelques kilomètres de Sofia, un lotissement nouvellement construit, de style impersonnel adossé à une forêt. Nous avons volontairement laissé dans le cadre un espace suffisant, entièrement noir, dans lequel nous pourrons incruster une vue de Londres , tournée au préalablement , par la deuxième équipe. De même, nous avons tourné une séquence censée se passer à Istanbul, dans un hôtel de Sofia. Nous avons, par trucage numérique, incrusté des vues du Bosphore. Ce système consiste à placer de grands panneaux de couleur verte en lieu et place des fenêtres de l'hôtel lors du tournage. En post-production, les graphistes de la société Duboi, remplaceront la couleur verte par les vues adéquates de Turquie. J'ai pu ainsi traiter toute la séquence avec un effet de soleil couchant. Si nous avions dû réellement utiliser cet instant de la journée, il nous aurait fallu revenir plusieurs fois pour terminer alors qu'une après-midi nous aura suffit.



elasri
ven 11 jui 2008 12:53